De La Charcuterie Brillante

La Charcuterie Brillante “ Le Cochon Gourmand”
Pigs eat pigs…

Dans cette performance, seule la bonne volonté de nos concurrents permets son déroulement évolutif et la croissance d’une tension narrative. En effet, nous demandons à des volontaires de s’inscrire à un concours du plus gros mangeur de hot-dogs, saucisses de type « knaki » prises en sandwich dans un pain viennois. Un certains nombres d’épreuves de rapidité déterminent les finalistes, qui eux devront endurer l’épreuve d’endurance…Tous les participants sont vêtus de costumes de cochons, combinaisons + masques. Le vainqueur de la finale aura vu ses concurrents déclarer forfait, un par un, ou bien être celui qui aura mangé le plus grand nombre de hot-dog à la fin d’un temps déterminé par le stock des « charcutiers ».

La finale est à chaque fois une torture dont la souffrance va crescendo, difficile à regarder, et à laquelle se sont eux mêmes soumis des candidats, terminant souvent au bord du vomissement. Le dégoût et l’aversion du public s’accroit alors que les participants, poussés à ces excès, sont encouragés par les cris de certains spectateurs. Le volume sonore du public couvre les gémissements et les complaintes des cochons, qui deviennent victimes muettes, en souffrance ( chaleur du costume + horreur de l’excès alimentaire ). Les râles dans l’asphyxie des cochons est étouffée par le grondement sauvage d’un public qui se retient de moins en moins. Peut être éveillés par le spectacle dominant / dominés, où les costumes déshumanisent et anonymisent, les instincts sadiques, brutaux du spectateur se font entendre. D’autres , enfin, détournent le regard, ne veulent plus voir. Je tiens à signaler que les candidats ne sont forcés en aucune façon, libres d’interrompre leur participation, d’enlever le costume qui les étouffe et de partir à tout moment.

Il y a dans cette performance une part de défini : les conditions esthétiques et les règles du jeux. Mais la plus grande manifestation de sens se fait avec la soumission de personnes, transformées pour l’occasion en cochons, se gavant volontairement de nourriture bas de gamme, et les réactions successives du public.

Symbole d’une viande abordable, fort répandue et présente sous formes abondantes et variées , le porc est devenu une des viandes les plus cruellement produite dans les élevages industriels.
Nourrit, engraissé, gavé à la farine, en un temps défiant toute logique naturelle, et dans un espace ne lui permettant aucun mouvement, l’animal n’est plus traité comme un être vivant mais comme un produit. (Et il en est de même pour la plupart des animaux découpés pour les barquettes de viande trop bon marché, des rayons frais de nos supermarchés. ) Il en résulte des accidents contre-natures, comme le scandale des vaches ( herbivores soit dit en passant ) nourries aux farines animales devenues « folles »… d’où notre vision cannibale de cochons mangeant des saucisses.
Eloigné de la réalité de production des biens de consommation, nous achetons au plus bas prix des articles amenés jusqu’à nous par une série de sacrifices moraux, desquels nous sommes tous responsables.

Loin de vouloir nous lancer dans un combat politique anti-capitaliste, ou une alimentation sans viande, nous avons voulu donner à penser sur la façon dont se nourrissent nos pays « développés ».
Le consumérisme dénué de conscience voit s’engraisser, dans tous les sens du terme, les nations riches, à grande vitesse, humains comme animaux…
Il y avait autrefois, et parfois encore dans les élevages traditionnels, l’amour de la bête élevée avec les saisons. De la naissance jusqu’à l’abattoir, un animal avait le temps de grandir, courir, vivre. Les hommes connaissaient les animaux. Ainsi, le rapport entre le morceau de viande dans l’assiette et sa provenance n’était pas une abstraction. Aujourd’hui tout vient déjà découpé, emballé sinon transformé et re-transformé. Difficile de savoir quel morceaux de l’animal est entré dans la fabrication d’une saucisse de Francfort… parfois même , pour les enfants de savoir de quel animal il s’agit…
Tant de produits semblent ne plus rien avoir en commun avec leur origine. Il serait important de se demander si dans le processus d’optimisation et d’accélération des procédés de fabrications, nous nous souvenons encore de la source des choses… avant leur industrialisation. Pourrons nous en témoigner à nos petits-enfants ? Nous en souviendrons nous, dans 30 ans?
Une société qui veut consommer plus et à moindre coût, doit forcément sacrifier une part de son intégrité. Les excès de nos productions de nourriture industrielles transforment l’homme en mangeur de merde. L’humanité s’autodétruit à force de saucisses de Francfort et de hamburgers. Finalement il bouffe aussi mal que les animaux qu’il torture en industrie.

Notre performance-spectacle est cruel, mais il démontre que l’homme s’inflige lui même les pires cruautés. Derrière un décor scintillant, esthétiquement attractif, se déroule une histoire qui fait rire jaune. Nous sommes les protagonistes masqués d’une tragédie. Et, pour nos candidats, ce qui avait commencé comme un simple moyen de manger gratuitement devient leur perte. L’écœurement de tous est inéluctable et puissant. En quelques dizaines de minutes seulement, se succèdent les réactions qui racontent une chute : les rires du commencement devant la transformation en cochons, début de l’humiliation, puis les cris d’encouragements et d’excitation pour la compétition, enfin le dégoût quasi-général. Le vainqueur est acclamé mais le public coupable d’avoir encouragé la souffrance, devrait gouter l’amertume de sa complicité.

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One comment on “De La Charcuterie Brillante”

  1. matriochka russe says:

    Hello Anna,
    Post extrêment troublant, qui rejoint ma trop fréquente et un peu désabusée réflexion sur l’humanité.
    L’idée de ce genre de fête ne me gène pas en elle-même (ça peut être marrant), mais c’est lorsqu’à la fin les choses tournent (oserai-je le dire), en eau de boudin, que ça commence à me géner.
    Tu décris très bien l’évolution de l’attitude mentale, à la fois des participants eux-mêmes, qui ne savent plus s’arrêter avant que cela ne tourne au grotesque insupportable, et celle des “spectateurs”, qui réagissent comme des chiens pendant la curée.
    Encore qu’en ce qui concerne les chiens, après tout, c’est dans leur nature et participe à cette diversité animale, mais on pourrait attendre une attitude plus digne de la part des soi-disant humains.
    Heureusement, la vie et la nature nous offrent encore des occasions plus nobles de nous émouvoirs et de nous émerveiller, alors espérons que nous saurons les préserver pour les générations futures :-)
    Ayant jeté un coup d’oeil sur ta page perso, j’aime bien ton approche en harmonie avec la nature pour ton travail.
    Bonne continuation
    Alain

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